Un mini-labo polaire sur 14 mètres
À bord d’ARION d’ASTRION, la cabine arrière tribord n’est pas une couchette en plus : c’est une station scientifique embarquée. L’objectif est simple : transformer un dériveur de 14 mètres en plateforme d’observation polaire capable de collecter des données là où très peu de voiliers peuvent aller, jusqu’aux limites navigables du plateau antarctique.
La pièce est isolée, câblée et organisée comme un petit laboratoire : plans de travail, rangements pour capteurs et consommables, alimentation électrique dédiée, réseau de données séparé du reste du bord. Le skipper n’est plus seulement marin : il devient opérateur de la station, capable de déployer, récupérer et surveiller les instruments en continu.
Mesures en continu le long de la route
Selon les projets embarqués, la station peut accueillir :
- Sondes de température, salinité et turbidité en remorquage de surface ou sur prélèvements ponctuels.
- Capteurs météo avancés : vent, pression, rayonnement, flux de chaleur mer–atmosphère.
- Enregistreurs acoustiques (mammifères marins, glace, bruit de fond) et hydrophones remorqués.
- Caméras time-lapse ou thermiques pour documenter la glace, la mer et la faune.
- Loggers autonomes (glace, faune, dérivants) préparés, programmés et déployés depuis le bord.
Les données sont stockées en double sur des supports durcis, puis triées et annotées au fil de l’eau. Une partie peut être transmise par satellite pour un suivi quasi temps réel des projets partenaires, le reste est sécurisé pour l’analyse fine au retour.
Une plateforme modulable pour plusieurs équipes
La station n’est pas figée autour d’un seul programme. Elle est pensée comme une plateforme multi-projets : chaque mission embarquée arrive avec ses capteurs, protocoles et besoins en énergie, la cabine s’adapte. Les fixations, passages de câbles et alimentations sont prévus pour être reconfigurés rapidement entre deux campagnes.
L’enjeu n’est pas de recréer un grand laboratoire côtier, mais de fournir un point d’appui robuste dans une zone où chaque heure sur place coûte cher en temps de mer, en carburant et en exposition aux risques. ARION apporte les mètres et les milles, la station embarquée apporte la méthode.
Redondance, sécurité, continuité de la mesure
Comme le reste du bateau, la station scientifique est pensée en redondance : alimentation séparée, onduleurs pour les instruments sensibles, sauvegardes systématiques sur plusieurs supports physiques, documentation papier en double. La priorité est de ne pas perdre les données gagnées difficilement dans le Drake ou sous les latitudes australes.
Quand les conditions deviennent trop dures pour travailler dehors, la station reste exploitable depuis l’intérieur : écrans de contrôle, enregistrements automatiques, suivi de la dérive des engins déployés. Même lorsque le bateau est secoué, la collecte continue.
Les modalités d’accès aux données, aux protocoles et aux futures campagnes sont détaillées sur la page Accès scientifiques .