Un marin seul, un voilier rose pastel, un continent qui ne négocie jamais
Aion, dans la mythologie grecque, incarne le temps profond : celui des glaces, des océans et des forces qui dépassent l’échelle humaine. Arion, c’est la monture indomptable, capable de traverser les périls que nul autre ne pourrait affronter.
Réunis, ces deux noms donnent le ton : un marin seul, un voilier d’aluminium taillé pour la glace, et un continent hostile où la mer garde toujours le dernier mot.
Naviguer vers l’Antarctique en solitaire, ce n’est pas chercher une belle histoire, mais accepter un quotidien fait de froid, de manque de sommeil, de décisions sous pression et de pannes qu’il faut savoir gérer en quelques secondes. L’Odyssée d’Aion est une réalité vécue, mille après mille, au Sud extrême.
Odyssey of Aion
Un marin seul à bord d’un voilier aluminium de 14 mètres, poussé depuis la Patagonie jusqu’aux hautes latitudes antarctiques pour explorer les zones les plus australes accessibles en voilier.
- Navigation : dériveur alu renforcé, pensé pour la glace et le talonnage contrôlé.
- Zone : Patagonie → péninsule → tentatives vers les latitudes extrêmes selon les ouvertures.
- Science : station embarquée alimentant le AION Data Hub en données météo, glace, énergie, océan, faune.
- Récit : documentaire & retour d’expérience technique sur un voilier autonome dans ces conditions.
Cette expédition n’est ni une croisière encadrée, ni un coup médiatique, ni un record proclamé d’avance. La seule règle fixe est que la glace a toujours le dernier mot.
Aion, Arion : une odyssée dans le temps long
Aion représente un temps profond : celui des glaces qui avancent et reculent, des courants qui mettent mille ans à faire le tour du continent blanc, des cycles climatiques qui se comptent en décennies.
Arion, le voilier, est la monture moderne de cette odyssée. 14 mètres d’aluminium soudé, renforcé, préparé pour encaisser les contacts avec la glace, les talonnages, les longues périodes sans secours. Peint en rose pastel mat pour être visible dans le blanc total — et pour affirmer qu’on est bien là quand tout disparaît.
L’Odyssée d’Aion, c’est la rencontre entre un bateau conçu pour durer et un temps qui ne se laisse pas apprivoiser. Un projet qui se joue au quotidien : quarts de nuit, alertes météo, décisions prises seul dans la tempête.
Je navigue dans le temps d’Aion, avec un cheval rose qui n’a peur de rien.
Des circuits touristiques aux marges du possible
Pendant des années, j’ai navigué en Antarctique pour convoyer touristes et équipes de tournage sur le “circuit classique” : Deception, Baily Head, Whalers Bay, Port Charcot, Port Lockroy… Des lieux magnifiques, mais toujours les mêmes routes sûres, les mêmes fenêtres météo, les mêmes retours avant que la glace ne se referme.
À chaque rotation, la même question revenait : et si on restait ? Et si l’on quittait ces zones fréquentées pour explorer les marges, là où les navires touristiques ne vont plus, là où l’on ne peut compter que sur son propre bateau ?
L’Odyssée d’Aion vient de là : du besoin de sortir des sentiers battus sans renier l’héritage des pionniers, mais en le prolongeant grâce aux outils d’aujourd’hui. Ici, l’arène est maritime : la frontière mouvante entre mer libre, glace et plateau continental.
Suivre les couloirs d’eau dans la banquise
Les images satellites montrent chaque jour polynies, leads, zones de compression et couloirs d’eau libre qui serpentent dans la glace. Certaines années, ces ouvertures s’enfoncent plus au sud que tout ce que l’on croyait possible.
En 2023, le brise-glace Laura Bassi a atteint une latitude record grâce à une ouverture exceptionnelle. Un voilier de 14 mètres n’a pas ce pouvoir, mais il peut saisir une fenêtre — même s’il s’arrête cent kilomètres plus au nord.
C’est cela, l’Odyssée d’Aion : lire le Sud moderne, comprendre ses respirations, et accepter que l’accès au profond dépend d’un alignement rare entre météo, glace et patience.
Du large tempéré aux abris du Sud extrême
Méditerranée → Atlantique → Cap-Vert → transatlantique → Ushuaia → canaux patagons → passage du Drake → péninsule. Chaque mille est un test pour le bateau comme pour le marin.
La Patagonie est le sas : fjords étroits, coups de vent violents, marées complexes. Là se valide la capacité d’ARION à encaisser le Sud avant de franchir le Drake, cette frontière que tous respectent.
Une fois la péninsule atteinte : avancer d’abri en abri, toujours avec un plan de repli. Si la glace se referme durablement : hivernage assumé. Ce n’est pas un plan B — c’est le cœur du projet.
ARION, station polaire mobile
ARION est un dériveur aluminium épaissi, simplifié, conçu pour être réparable loin de tout : chauffage redondant, énergie multi-sources, électronique réduite au nécessaire, pièces critiques doublées.
Une cabine entière devient station scientifique : plans de travail, circuits dédiés, réseau de données séparé, capteurs professionnels (météo, glace, océan, acoustique, énergie). C’est le cœur du AION Data Hub.
Quand l’énergie le permet, les données sont envoyées par Starlink Ocean aux laboratoires, écoles d’ingénieurs et partenaires techniques.
Mesurer, comprendre et raconter le Sud
Données scientifiques : météo fine, glace, énergie, océanographie, acoustique, faune.
Retour d’expérience technique : micro-réseau autonome, tenue structurelle, pannes, parades, décisions.
Récit documentaire : sons de la glace, voix de nuit, fatigue, doutes, vérité brute de l’extrême Sud.
Une page dédiée présente le travail sur les orques antarctiques : écotypes, comportements, déplacements.
Pourquoi aller là où presque personne ne va ?
Ce qui attire vers ces latitudes, ce n’est pas une quête de record. C’est un rapport au monde où chaque choix compte, où chaque mille a du poids.
Partir seul vers l’Antarctique, c’est accepter que la réussite n’est jamais garantie. Que le demi-tour est parfois la décision la plus juste. Que l’ego n’a rien à faire à bord.
Si un jour ARION descend plus au sud que tout voilier solitaire avant lui, on retiendra peut-être une coordonnée. Moi, je retiendrai surtout ce qu’il aura fallu mettre en œuvre : des années de préparation, une somme de choix assumés, et un respect total pour une mer qui ne négocie jamais.
Je serai là quand elle parlera.